La vie des mots est parfois soumise aux caprices des temps ; et la terminologie esthétique en est alors victime. Un terme peut voir sa signification passer du péjoratif à l’élogieux : ainsi du gothique (de Coth), encore considéré à l’époque de Diderot comme le produit d’envahisseurs barbares ; ainsi du baroque (du portugais « baruecco » : perle irrégulière) dans lequel Rousseau voit « une harmonie confuse, chargée de modulations et de dissonnances » ; ainsi du maniérisme, de l’art pompier ou du rococo… / The life of words is sometimes subject to the vagaries ot the times; and the terminology of style has often fallen a victim. The meaning of a term may pass from the derogatory to the laudatory: this is the case with the word « Gothie » (from Goth), which was still considered in Diderot’s time as the product of barbarian invaders; likewise, « baroque » (from the Portuguese « barruecco »: an irregular pearl), in which Rousseau saw « a confused harmony, laden with modulations and dissonances »; and « mannerism », « art pompier » and « rococo »…

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Les historiens anglo-saxons et latins ont définitivement admis ce dernier, le rococo, comme représentant un sommet de l’art du Siècle des Lumières. Seule, peut-être, la frange la moins avisée de notre société française n’y voit encore que les fantaisies dégénérées issues d’une bourgeoisie de la 3ème République mal remise de ses révo¬lutions. Si nul n’est prophète eri son pays (« rococo » vient de la rocaille des ornemanistes de la Régence), la prophétie s’est amplement répandue : entre 1730, fin du baroque et 1780, début du classicisme, c’est l’Europe entière, de Lisbonne à Prague et de Naples à Saint Pétersbourg qui s’est meublée à la mode rococo, dans ses palais et ses églises, que l’on dit baroques.

Anglo-Saxon and Latin historians have definitively accepted the latter, rococo, as representing one of the pinnacles of the art of the Age of Enlightenment. Only a not-too-shrewd fringe of our French society still sees it merely as an expression of the degeneracy and extravagance of a bourgeoisie of the Third Republic that had not got over its revolutions. If no man is a prophet in his own country (« rococo » cornes from the French word « rocaille », meaning « rockwork »; which was used as ornamentation during the Regency period), the prophecy nevertheless became widespread: between 1730, the end of baroque, and 1780, the beginning of classicism, the whole of Europe, from Lisbon to Prague and from Naples to St Petersburg, used rococo furniture in its palaces and so-called baroque churches.

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