FIGURES DE STYLE – Ce qui a manqué à Gérard Poulet pour être hier la « star » du violon français avant d’en devenir le Maître qu’il est aujourd’hui c’est de n’en avoir pas pris la pose, comme quelques autres, au bon moment. À cet artiste sévèrement éduqué (il est le fils de Gaston Poulet, créateur de la sonate pour violon de — et avec —Debussy, chef d’orchestre de grand caractère et figure emblématique de la vie musicale française d’entre les deux guerres) qui tendait l’oreille du côté de Heifetz plutôt que de Thibaud, l’esprit de cette compétition-là fit totalement défaut… / FIGURES OF STYLE – If Gerard Poulet was not the « star » of the French violin before becoming the Master he is today it is because, unlike others, he did not seize the opportunity to assume the pose at the right moment. That was the sort of competitive spirit that was totally lacking in this artist, who received a strict upbringing (he is the son of Gaston Poulet, who gave the first performance of Debussy’s Violin Sonata with the composer, and was a conductor of character and an emblematical figure of French musical life between the First and Second World Wars) and was more interested in Heifetz than in Thibaud…

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Il ne fut donc, pendant toutes ces cruciales années, ni du salon Gavoty, ni de l’écurie Chance], qui raffolaient d’un certain genre et se fichaient du vrai style : on est le « clone » du milieu qu’on peut. Poulet était le fils de son père, d’une époque, d’un monde musical dont les valeurs, les manières, les intérêts n’étaient plus de mise : il joua un autre jeu, sur d’autres scènes, avec d’autres gens, qui l’aimaient et lui furent fidèles sans jamais se compromettre. Parmi eux le grand Henryk Szeryng, lui-même repêché de justesse au purgatoire par un Arthur Kubinstein intuitif et décidé, et dont il fut vraiment le fils spirituel. Bach, Beethoven, Brahms. Schumann, Ravel, Stravinsky, Bartok furent fidèles aussi et apportèrent à Gérard Poulet la seconde maturité qu’ils refusèrent à tant d’autres de ses « rivaux » d’hier, virtuoses dont les dizaines de disques ne contiennent pas un gramme d’éternité. Pour Gérard Poulet, finalement, le « malheur » n’a pas mal arrangé les choses. Il a tout et beaucoup joué, là où l’on ne se préoccupe que de musique et là où il pouvait vraiment être lui-même. D’autres artistes avant lui, et non des moindres, ne durent leur gloire tardive qu’à une trompeuse longévité. Gérard Poulet aura heureusement attendu moins longtemps qu’eux la reconnaissance et les occasions de la prouver. Est-ce dire que notre époque rétive à la vraie honnêteté musicale est en train de ravaler ses simulacres ? Ce serait bien en tout cas pour les disciples de Gérard Poulet dont on commence à entendre le chant si reconnaissable et si limpide aux portes de la carrière.

Grâce à cet album, hommage mérité à leur Maître, ils pourront mesurer ce qui les sépare et les unit, ce qui était le chant d’une époque musicale en train de passer et dont Gérard Poulet sait encore charmer le cœur et l’oreille des musiciens. Et de ceux qui savent encore de quoi se nourrissent une école, une interprétation et un style.

 Thus, during those crucial years, he was not to be found at the « salon Gavoty », nor did he belong to Chancel’s band of « proteges » – both of these were very keen on a particular genre and did not care two hoots about true style: people are the « clones » of the sets they can get into. Poulet was the son of his father, of a period, of a musical world whose values, manners, interests were no longer the thing: he played another game, on other stages, with other people, who liked him and were true to him, and without ever compromising himself – and what’s more, no one ever suggested that he should do so! They included the great Henryk Szeryng, who had himself only just been saved from purgatory by the intuitive, determined Arthur Rubinstein, and whose spiritual son he really was. Bach, Beethoven, Brahms, Schumann, Ravel, Stravinsky, Bartok were also true and brought Gerard Poulet the second prime they refused so many of his former « rivals »: virtuosos, whose dozens of recordings contain not an ounce of eternity. In the end « adversity » has sorted things out quite well for Gerard Poulet. He has played everything, he has played a great deal – where people are only interested in music and where he could really be himself. Many artists before him (and important ones at that) owed their belated glory merely to deceptive longevity. Fortunately, Gerard Poulet will not have had to have waited so long as they for recognition and the opportunities to justify it. Does this mean that our day and age, so unwilling to accept musical honesty, is in the process of swallowing all its sham and pretence ? In any case, it would be a good thing for the disciples of Gerard Poulet, now on the verge of their careers, and whose very recognizable, limpid style of playing is beginning to make itself heard.

Thanks to this album – a well-deserved tribute to their Master – they will be able to gauge the differences and similarities between themselves and him, listen to the sound of a musical age that is on its way out. Gerard Poulet still knows how to use that sound to captivate the hearts and ears of musicians… and of those who still know how to appreciate a school, an interpretation and a style.

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