Voici trois cents ans cette année (1999) qu’a disparu l’un de nos plus fameux poètes : Jean Racine. Pour les mélomanes, cet anniversaire sera peut-être l’occasion de redécouvrir une langue qui compte parmi les plus pures, les plus prégnantes, les plus musicales de notre tradition… / Jean Racine, one of France’s greatest poets, died three hundred years ago this year (1999): perhaps this anniversary will provide music lovers with an opportunity to rediscover the wonderful purity, pregnancy and musicality of his writing…

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Mais si, comme le remarque Raymond Picard, l’un des dons les plus surprenants de cette poésie est celui du silence ; il se fait, quand on lit lentement, un vide de mots, et une quiétude souple vous envahit1, il n’est dès lors pas certain que cette vertu soit celle que serve le mieux la musique. Malgré les passions dont les pièces de Racine sont remplies, celles-ci n’ont, en définitive, que peu inspiré les compositeurs ; et lorsque Haendel s’attaque à Esther et Athalie, Mozart à Mithridate, Rameau à Phèdre (Hippolyte et Aricie), Gluck à Iphigénie ou Rossini à Andromaque (Ermione), ils ne conservent pas grand-chose de leur modèle. L’écriture rhétorique, rythmée et incisive de Corneille passe mieux sur la scène lyrique ; à l’opéra, Corneille semble souvent moins trahi que Racine. Racine, néanmoins, à l’instar de Corneille, a plusieurs fois écrit directement en vue de la musique : les intermèdes d’Esther et d’Athalie ont été conçus pour être chantés par les pensionnaires de la Maison royale de Saint-Cyr. La même année que la première de ces pièces (1689), Racine écrit ses quatre Cantiques spirituels dont la destination lyrique ne fait pas plus de doute, ainsi qu’en témoigne la lettre que le dramaturge adresse le 3 octobre 1694 à Boileau : Je vous conjure de m’envoyer votre sentiment sur tout ceci. J’ai dit franchement que j’attendais votre critique avant que de donner mes vers aux musiciens, et je l’ai dit à Madame de Maintenon, qui a pris de là occasion de me parler de vous avec beaucoup d’amitié. Le Roi a entendu chanter les deux autres cantiques, et a été fort content de M. Moreau, à qui nous espérons que cela pourra faire du bien.

Raymond Picard has pointed out, however, that one of the most amazing gifts of his poetry is that of silence; if you read it slowly, you discover a wordless space, and a gentle peace of mind steals over you1. If that is so, then it is hardly surprising that Racine’s works have so rarely been used for music and, when they have been used, they have often been ill-served by the latter. Indeed, despite the passions that pervade all of Racine’s plays, few of them have in fact inspired composers; and when Handel tackled Esther and Athalie, Mozart Mithridate, Rameau Phèdre (Hippolyte et Aricie), Gluck Iphigénie or Rossini Andromaque (Ermione), those composers retained very little of Racine’s original work. The rhetorical, rhythmic and incisive style of Pierre Corneille (1606-84) is better suited to opera; furthermore, the works of the latter generally seem to have been treated with greater fidelity than those of Racine. Unlike Corneille, however, Racine wrote several works specifically with music in mind: the interludes in Esther and Athalie were intended to be sung by the pupils of the Maison Royale St Louis at St Cyr, founded by Madame de Maintenon; and the same year as those plays were premièred (1689), Racine wrote his four Cantiques Spirituels, which were also undoubtedly meant to be sung, as may be seen from the letter written by the dramatist to his friend and fellow poet, Nicolas Boileau, on 3 October 1694: I beg you to give me your feelings on all this. I have made it clear that I shall await your opinion before giving the musicians my verse, and I have said so to Madame de Maintenon, who took that as an opportunity to speak most kindly of you. The King has heard a performance of the other two canticles and he was most pleased with Monsieur Moreau; we hope that will be of the greatest benefit to the latter.

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