Compositeur à cinq ans, reconnu dès l’âge de onze ans comme un pianiste inspiré et véloce, élève surdoué d’Halévy au Conservatoire, où, fait exceptionnel, il est admis à treize ans, fêté à vingt ans par Berlioz et Liszt, organiste recherché à la mondaine tribune de La Madeleine, couvert de médailles et d’honneurs, membre de l’Institut à quarante-cinq ans… Camille Saint-Saëns apparaît souvent comme l’archétype de l’artiste heureux, l’un des musiciens les mieux prolifiques de l’entier XIXème siècle, à qui tout semble avoir toujours profité et réussi… / A composer at the age of five, recognised from the age of eleven for the inspiration and velocity of his piano playing, admitted at the unusually young age of thirteen to the Paris Conservatoire, where he was the exceptionally gifted pupil of Halévy, celebrated at twenty by Berlioz and Liszt, hailed for his performances on the organ of the La Madeleine, showered with medals and other honours, a member of the Institut1 at forty-five… Camille Saint-Saëns seems in many ways to represent the archetype of the happy artist, one of the most prolific musicians of the entire nineteenth century, who seems to have succeeded and thrived in everything he undertook…

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Mais derrière l’imposante stature, la barbe et la bedaine fertiles, le visage bonhomme, se cachaient une âme inquiète, fatiguée de tourments domestiques permanents (rapports effrayants avec une mère sévère et castratrice, mariage raté (et pour cause !…) et une homosexualité mal vécue à la sauvette et à l’ombre des dunes d’Afrique du nord…) et, malgré cela (ou à cause de cela !), un vrai sens de la plaisanterie et de la dérision, que les grandes œuvres du compositeur, au classicisme souvent si proche du plus froid académisme, ont délibérément étouffé. Pourtant, ces rares sautes d’humour ont été pour lui comme une soupape à vapeur salvatrice et musicalement une vraie inspiration qui ponctue même ses partitions les plus sérieuses. Pensons seulement à la Danse macabre de 1874, qui ne doit rien à une vision romantique d’un cliquetis d’ossements vermoulus, mais évoque un sabbat cinématographique avant l’heure, grotesque et dérisoire… Prenons la « Bacchanale » de Samson et Dalila, à l’exotisme de péplum saturé de pittoresque délirant… Ecoutons enfin ce Carnaval des animaux, « Grande fantaisie zoologique », que le maître voulut posthume par peur que ses confrères de l’Institut ne le lui en fassent le reproche et que sa Légion d’honneur n’en tombe d’indignation ! L’amusant de la chose c’est que la postérité, qui n’en fait qu’à sa tête, ait accordé à ce Carnaval des lauriers qu’elle a refusés définitivement aux grands opéras ou à la musique sacrée du compositeur.

Behind that imposing stature, fine beard, impressive paunch and kindly face, however, lay an unquiet mind, wearied by constant domestic woes (a terrifying relationship with a severe, castrating mother, a marriage that was a failure, and understandably so; homosexuality that was ill-accepted and experienced furtively in the shadow of the North African dunes), yet despite all that (or because of it) he had a true sense of fun and derision, which was deliberately stifled when it came to writing his great works, classical almost to the point of being coldly academic. Such changes of mood not only acted as a safety valve, but also brought him true inspiration, even in his most serious works. We only have to think of Danse macabre (1874), which owes nothing to a romantic vision of clattering, worm-cleaned bones, but evokes rather a sabbath worthy of the cinema before its time, grotesque and derisory.  Or the ‘Bacchanale’ from Samson et Dalila, overflowing with extraordinarily picturesque detail and worthy in its exoticism of a great film epic. Or, finally, Le Carnaval des animaux, the ‘Grand zoological fantasy’ presented here, performance of which was forbidden by the composer in his own lifetime, for fear of criticism from his colleagues at the Institut and indignity to his Legion of Honour! The amusing thing is that posterity, which goes its own sweet way, has granted Carnaval the laurels that his great operas or sacred works have been definitively denied.
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