Le jardin des poètes. Tel est le titre du vaste recueil que Robert Schumann, herborisant au cours de ses lectures, rêvait de constituer. Aux heures où la musique refluait en lui, le Verbe y imposait la sienne. Johannes Brahms (1833-1897) aura été aussi un promeneur assidu dans ce jardin-là. Son goût littéraire et son amour de la nature (ils ne vont jamais l’un sans l’autre dans la sensibilité romantique) l’y ramèneront sans cesse… /  The poet’s garden. Such is the title of the vast collection which Robert Schumann gathering in the course of his readings dreamt of making. During the hours when music was flowing through him, the Verb inspired its own melody upon it. Johannes Brahms (1833-1897) also wandered regularly in the same garden. His literary tastes and love of nature (one was never without the other during the romantic period), constantly led him back to it… 

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Brahms empruntera quelques-uns des sentiers tracés par Schumann pour rejoindre l’univers d’Eichendorff, de Goethe ou de Jean-Paul. Mais il se tournera aussi vers des figures plus humbles ou vers les trésors anonymes de la poésie populaire. Cela revient à dire que, contrairement à ce qui s’est passé pour le Schumann des lieder de 1840, les admirations littéraires de Brahms et ses sollicitations poétiques en vue de “musiquer” sont souvent nettement distinctes. Ces dernières s’adressent fréquemment à des rimeurs mineurs pour une collaboration sans lendemain. Ce sont, écrit Marcel Beaufils, “des rencontres de passage, dont il butine un poème ou deux, selon un choix qui ne doit rien au goût littéraire.” (1) Le jugement est sans doute un peu trop catégorique, mais il est certain qu’ayant appris à dominer sa pensée musicale plutôt qu’à se laisser dominer par elle, Brahms, qui sait être à la fois saturnien et jovial, s’est sagement laissé persuader qu’on ne fait pas forcément d’excellente musique sur d’excellents poèmes dont la musicalité intrinsèque se suffit à elle-même. Il demande avant tout au poème d’approfondir un aspect de son espace intérieur. Ce faisant, la musique offre au jeu des sentiments un mouvant miroir. Pour Brahms compositeur de lieder, il s’agit bien d’isoler, d’approfondir, de prolonger un état d’âme plutôt que de fixer, comme l’a fait Schumann, “l’intensité vécue de l’instant poétique” selon l’excellente expression d’Olivier Alain. L’émotion du lied brahmsien — et cela s’étend aussi bien aux quatuors vocaux — paraît souvent contrôlée par l’intention dialectique du propos musical plus que par l’impératif purement poétique du texte. “Brahms, remarque encore Marcel Beaufils, choisit volontiers des textes “mous”, justes propres à suggérer une ambiance génératrice de sons.”

Brahms was to embark upon several of the paths Schumann had traced to meet up with the world of Eichendorff, Goethe or Jean-Paul. But he also turned to lesser figures or towards the anonymous treasures of popular poetry. This amounts to saying that, contrary to what happened to Schumann in the lieder of 1840, the literature Brahms admired and his choice of poetry to be set to music were often clearly distinct. His choice frequently fell upon minor rhymesters in a collaboration with no future. They were, as Marcel Beaufils has written, “passing encounters, from which he gleaned a poem or two, according to a choice that owed nothing to literary taste.” (1) The opinion is doubtless slightly too categoric, but it is certain that having learned to dominate his musical thought rather than letting himself be dominated by it, Brahms, who knew how to be both saturnine and jovial, wisely allowed himself to be persuaded that excellent music is not necessarily created from excellent poems, their intrinsic musicality alone being sufficient. He particularly wanted the poem to hollow out a receptive corner of his inspiration. In filling it, the music offered a changeable reflection in the play of feelings. For Brahms as a composer of lieder, it was truly a question of isolating, of deepening, of prolonging a state of mind rather than fixing, as Schumann had done, “the experienced intensity of the poetic moment” to use Olivier Alain’s excellent expression. The emotion of a Brahms lied — and this also includes the vocal quartets just as much — often appears controlled to a greater extent by the purpose of the music than by the purely poetical demands of the text. “Brahms readily chose “flabby” texts, most appropriate for suggesting the generating atmosphere of the sounds”, Marcel Beaufils wrote.

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