On ne songe plus à s’étonner de ce mot, « ballade », placé en tête d’une composition pour piano. Après Chopin sont venus Liszt, Brahms, Liadov, Fauré, ces quelques grands, et une flopée de petits, qui nous ont accoutumés au genre. Pourtant, lorsqu’en 1835 Chopin l’emploie pour la première fois dans l’histoire de la musique instrumentale, le geste n’a rien d’anodin… / We hardly stop to think about the meaning of the word ‘ballad’ — or rather, ballade — when used as the title of a piano piece. We have been accustomed to it by a handful of great composers — Chopin, then Liszt, Brahms, Liadov and Fauré — and a host of minor ones. But in 1835, when Chopin wrote the very first instrumental ballade, his gesture was far from insignificant…

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Il ne s’agit pas d’un de ces vocables interchangeables (nocturne, romance, cantilène, etc.) que le premier romantisme essaie tour à tour, dans son impuissance à trouver l’expression la plus apte à rendre compte de sa neuve et fringante liberté de forme et de fond. « Ballade », quand Chopin l’annexe au monde du piano, a déjà beaucoup servi dans la musique vocale (voyez Schubert et Karl Loewe), et auparavant dans la poésie. C’est dire que le terme s’encombre forcément d’images, qu’il évoque un récit, un héros, des péripéties tumultueuses, un dénouement fatal, tout le bric-à-brac des contes et légendes. Autant de choses étrangères à Chopin, qui jusqu’alors s’est contenté de danses (mazurkas, polonaises, valses), de rondos, de variations : la panoplie la plus classique qui soit ; qui écrira préludes, études, sonates, comme ses prédécesseurs ; et qui, en reprenant le nocturne à Field, l’impromptu à Vorisek et Schubert, n’entend pas dépasser le pur klavierstück, dépourvu de tout contenu anecdotique ou autobiographique, de toute référence aux êtres, aux paysages, pis encore à la littérature, — qu’il abandonne de bon gré à Schumann, ou à Liszt.

Ballade was not one of those interchangeable terms, like nocturne, romance or cantilena, for example, that had been tried out by musicians during the early years of Romanticism in their search for a suitable term for compositions that were free in both content and form. When Chopin used ballade for a piano piece, it had already been used frequently by Romantics in vocal music (see Schubert and Karl Loewe) and prior to that in poetry. The term automatically had narrative connotations; a ballad had a hero, dramatic elements, an emotional atmosphere, a fatal outcome — all of which were alien to Chopin. Up till then he had composed only dances (mazurkas, polonaises and waltzes), rondos and variations (the classic choices), before turning to preludes, studies and sonatas, like his predecessors. Moreover, in taking up Field’s nocturne, Vorisek’s and Schubert’s impromptu, he had had no intention of going beyond the pure Klavierstück, without any anecdotal or autobiographical content, with no reference to people, scenery or, worse still, literature. He left that to Schumann or Liszt. Nowhere in Chopin’s œuvre do we find words or literary references coming between himself and his music. Schumann, to portray his demons, needed help from Heine, Hoffmann or Jean-Paul Richter.

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