S’il eut une existence relativement courte, le clavecin connut en Europe une histoire d’une richesse exceptionnelle. Encore pourrait-on discuter la brièveté de sa “carrière”, car contrairement à une idée communément admise, celle-ci ne cessa pas définitivement avec les débuts du piano-forte. De fait, beaucoup de clavecins disparurent à la fin de l’Ancien Régime, trop liés sans doute à leur image d’instruments aristocratiques, mais aussi parce que les besoins musicaux associés à l’essor et aux progrès du piano se faisaient tout autres…

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Par paradoxe, les instruments d’hier, ceux des Hemsch, Blanchet, Rückers, Taskin, Kirkman, Cristofori, sont devenus ceux d’aujourd’hui, mais durant près d’un siècle, ils sombrèrent dans un quasi-oubli pour renaître peu à peu dans le dernier quart du XIXe siècle jusqu’à l’extraordinaire regain de popularité qu’ils rencontrent de nos jours. Dès les années 1850, des historiens, musicographes, éditeurs et interprètes s’intéressèrent à l’instrument désuet et à sa musique. Des épinettes et des clavecins d’époque commencèrent à paraître dans les ventes de collections privées. En 1839, le Viennois Carl Czerny avait déjà publié quelque deux cents sonates de Scarlatti, quand en France, Amédée Méreaux réunissait quatre volumes de pièces des Clavecinistes de 1737 à 1790.

En Allemagne, tandis que l’oeuvre de Bach renaissait avec les travaux de la Bach-Gesellschaft, c’est Brahms qui entreprenait et préfaçait une édition des quatre livres de pièces de Couperin, peu avant que Saint-Saëns entame sa grande édition de l’oeuvre de Rameau. Celles-ci firent longtemps autorité. Parallèlement, le pianiste Louis Diémer, fondateur de la Société des instruments anciens, donnait des récitals de clavecin à l’Exposition universelle de 1889 où la maison Érard et le facteur Louis Tomasini, qui venait de réussir une copie authentique d’un grand clavecin du facteur parisien Hemsch, exposaient des instruments très soignés. La presse elle-même s’empara du sujet : dans les colonnes de La Semaine musicale, un auteur anonyme signait un long article sur “Le clavecin”, ses origines et ses perfectionnements, et sur la musique de François Couperin, puis dans La Revue de la musique dont il était le rédacteur en chef, Arthur Pougin publiait des pièces de Rameau, Purcell, Haendel, Carl Philipp Emanuel Bach avec leurs agréments d’origine, et faisait paraître dans La Musique populaire qu’il présida en 1882, de nombreux articles historiques sur ce thème. Louis Diemer avait ouvert la voie à Wanda Landowska comme celle-ci ouvrit la voie à l’école moderne. Par leurs travaux, ces pionniers ont mené des générations d’artistes et d’amateurs à la découverte d’un monde longtemps ignoré.

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