La Messe en ut mineur, K 427 résulte d’un voeu : “J’ai véritablement fait cette promesse dans mon coeur et j’espère véritablement la tenir. Quand je l’ai faite, ma femme était encore souffrante, mais comme j’étais fermement résolu à l’épouser dès qu’elle serait guérie, je pouvais aisément faire une telle promesse”. Cette lettre de Mozart à son père date du 4 janvier 1783. Après une répétition générale le 23 octobre, la Messe a été créée à St-Pierre de Salzbourg trois jours plus tard : Constance y tenait la partie de soprano solo et s’y distingua dans l’Et incarnatus est. Mais il avait fallu faire de larges emprunts à des ouvrages antérieurs, la participation se limitant aux seuls Kyrie, Gloria, Sanctus, Benedictus. Du Credo, Mozart n’a écrit qu’un choeur à cinq voix et le fameux Incarnatus est. Quant à l’Agnus Dei, il fait totalement défaut. De janvier à octobre, le musicien n’a donc trouvé ni le temps ni l’inspiration pour achever sa Messe dont il disait que “plus de la moitié” était écrite…Pourquoi ?

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Trois raisons semblent expliquer ce silence. La première tient à Constance. Frustré dans son amour pour Aloysia Weber, Wolfgang s’est reporté vers la soeur. Ersatz de boheur ; transfert, disent les psychologues. Et le mariage n’apporte pas l’Eden souhaité, dès lors, la “promesse” formulée au moment de l’exaltation amoureuse, se délite peu à peu…Ainsi la Messe en ut mineur partage-t-elle le triste privilège de TOUTES les oeuvres inspirées par Constance ou à elle dédiées : celui de demeurer inachevée.

Mais il est une autre raison : esthétique, cette fois. Peu de temps auparavant, Mozart a eu la révélation de Bach, de ses fugues notamment dont il veut exploiter les possibilités architechtoniques dans un art expressif moderne. Dégagé des entraves que lui imposait l’Archevêque Colloredo, il peut, dans cette Messe, écrire librement : il ne s’en fait pas faute, renforçant choeur et orchestre, dilatant les proportions mêmes de l’ensemble, renouvelant à la fois le style et l’écriture. Mais, au fil des jours, son enthousiasme se refroidit et l’amène à pousser ses recherches dans d’autres directions : le Quatuor en sol naîtra justement de ce revirement.

Enfin, il existe bien une troisième raison : éthique. On assiste chez Mozart, et parallèlement à sa déconvenue amoureuse, à une baisse sensible de son sentiment religieux. L’exaltation retombe : l’invention se refroidit ; la Messe ne se poursuit plus : il est d’ailleurs significatif que Mozart achoppe précisément sur la double profession de foi que constituent le Credo et l’Agnus Dei…En cette période de désenchantement moral autant que spirituel, il ne se sent guère inspiré. Trop sincère à l’égard de lui-même comme de Dieu, il se tait donc…

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