Les manuels ne réservent parfois que quelques pages à la longue et tumultueuse période qui va, en France, de la mort de Rameau (1764) aux débuts éclatants de Berlioz (1830), et les mélomanes de croire, en toute bonne foi que, telle une belle endormie, la musique française attendait les feux et tonnerre de notre « Hector-Roméo » national pour émerger d’un long sommeil. / History books rarely devote more than a few pages to that long and turbulent period in France between 1764 (the year Rameau died) and 1830 (the year Berlioz made his brilliant début). As a result, it is commonly believed that French music lay slumbering like the Sleeping Beauty for all that time, just waiting for a Prince named Hector to come along and wake her up.

Alexandre-Pierre-François Boely  - "Un Versaillais à Paris" par Jacqueline Robin au piano Bosendorfer

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Or, durant ces années difficiles, les activités musicales ne cessèrent pas en France. Avant 1789, Paris participa pleinement à la quête européenne de la sonate de clavier, du quatuor a cordes, de la symphonie, et fut touché par une brise préromantique équivalente à celle qui soufflait de l’autre côté du Rhin sous les noms d’Empfindsamkeit et de Sturm und Drang. La Révolution marqua évidemment un temps d’arrêt. La destruction de nombreux orgues, la fermeture des maîtrises, l’autodafé de 1793 au cours duquel on brûla en place de Grève quelque six cents clavecins sont des excès regrettables. Mais la fondation en 1795 du Conservatoire de musique républicain apporte un nouveau souffle. En dépit des troubles politiques et parallèlement à la venue à Paris de nombreux pianistes étrangers (Cramer, Field, Kalkbrenner, Chopin, Liszt, Thalberg, Moscheles, etc.), une école française de forte-piano, dessinée sous l’Ancien Régime, continua de s’affirmer. Parmi les pionniers, distinguons les musiciens venus de l’Est, Edelmann, Hüllmandel, Louis Adam, mais aussi les Versaillais Hyacinthe et Louis Emmanuel Jadin, ou encore les futurs maîtres de l’opéra que sont Méhul, Boieldieu ou Hérold qui, tous, contribuèrent à la formation de la sonate de clavier en France. Cependant, bien vite, ce genre « sérieux » se vit relégué au second plan pour laisser place à de médiocres fantaisies, pots-pourris et autres variations sur des airs d’opéras répondant mieux aux goûts de la société qui fréquentait les salons du Premier Empire, de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Or, c’est cette société qui décidait du succès d’une œuvre ou d’un auteur…

But even during those very difficult years, there was still musical activity in France. Before 1789 Paris played a very active part in the European quest for the keyboard sonata, the string quartet and the symphony. And just as composers on the other side of the Rhine felt the breeze of Empfindsamkeit or Sturm und Drang, so the effects of pre-Romanticism touched the French capital. The Revolution obviously brought everything to a standstill for some time. And there were regrettable excesses: many organs were destroyed; in 1793 some six hundred harpsichords were burned in the Place de Grève; concert societies were closed down. But things began to look up with the creation in 1795 of the Paris Conservatoire. Despite political troubles, and at a time when many foreign pianists — Cramer, Field, Kalkbrenner, Chopin, Liszt, Thalberg, Moscheles, and others — were arriving in France, a French forte-piano school (which had already been outlined under the Ancien Régime) began to make its presence felt. Among its pioneers were musicians who arrived in the capital from the East of France (Edelmann, Hüllmandel, Louis Adam), others who came from Versailles (Hyacinthe and Louis Emmanuel Jadin) and also the future masters of the operatic genre (including Méhul, Boieldieu and Hérold). All of these contributed to the emergence in France of the keyboard sonata. That ‘serious’ genre was soon pushed into the background, however, to make room for the second-rate fantasies, potpourris and variations on operatic arias that were more to the liking of a society that frequented the salons of the First Empire, the Restoration and the July Monarchy. And that were precisely the society, which decided whether or not an artist and his works were to be successful…

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