Argentins d’origine, Oscar Milani et moi-même jouons du clavecin depuis notre plus jeune âge. Nous avons consacré toute notre énergie à l’interprétation des œuvres majeures du répertoire pour clavecin et nous nous sommes toujours attachés à respecter fidèlement les partitions de Bach, Rameau, Scarlatti, Couperin et d’autres compositeurs. Nous nous produisons séparément en solistes, ou bien ensemble en duo, ou encore dans diverses formations de musique de chambre. Si le fantasme du tango nous hante depuis toujours, nous avons été cependant jusqu’à nier son existence pour l’empêcher de rôder autour de nous. / Both Oscar Milani and I have played the harpsichord since earliest childhood in Argentina. We devoted all our energies to the interpretation of the major works of the repertoire and have always taken the utmost care to give faithful renderings of the scores of Bach, Rameau, Scarlatti, Cou-perin and the rest. We appear separately, as soloists, and together, as a harpsichord duet, as well as with various ensembles as chamber music players. But we have always been haunted by the spectre of the tango. We made every attempt to prevent its influence on our music and throughout our student years we denied its existence.

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…Jusqu’au jour où nous nous sommes vus contraints d’accepter de céder à cette musique – venue comme nous de Buenos Aires – réalité présente (et pressante). C’est ainsi qu’il y a plus de quinze ans, à Buenos Aires, lors d’un concours d’interprétation au clavecin, chacun de nous devait présenter une œuvre d’un compositeur argentin. Etant donné le choix limité dans ce domaine, j’avais décidé de composer ma propre œuvre : deux pièces inspirées de Bartok et de Stravinski. Oscar, quant à lui, proposait sa transcription d’un tango d’Astor Piazzolla – le plus grand maître contemporain dans ce domaine – composé pour le bandonéon, son instrument favori. Cette idée m’avait frappé mais je n’aurais alors jamais imaginé combien elle allait pénétrer mon inconscient et s’y développer tout au long des années qui suivirent. Peu de temps après, je quittais l’Argentine pour la France, au moment même où Oscar gagnait l’Allemagne. Partout où mes tournées m’emmenaient, en Europe comme en Amérique du Nord, je subissais la même pression : après chaque concert consacré aux œuvres de maîtres allemands, français, italiens ou espagnols, mes amis réclamaient un tango, invoquant mes origines argentines. Cédant alors à leur demande, mi-agacé, mi-amusé, je me remettais au clavecin pour exaucer leurs vœux. C’est ainsi qu’imperceptiblement, j’ai acquis un répertoire des grands tangos argentins. Mais ce n’est que bien plus tard qu’Oscar m’avoua être lui aussi hanté par le même fantasme et sollicité de toutes parts pour ses tangos. Un soir de septembre 1986, un de nos amis communs, facteur de clavecins, nous conseilla d’inscrire des tangos de Piazzolla à nos prochains programmes de concerts. Cette nuit-là, je n’ai pas fermé l’œil. Ensuite, tout alla très vite. La Maison de l’Amérique Latine à Paris obtint une subvention du Ministère de la Culture pour organiser un concert consacré à Bach, Couperin et… Piazzolla. Le matin du concert, France Musique retransmettait l’enregistrement de l’une de nos répétitions ; ni Oscar ni moi ne nous doutions des réactions que cela devait susciter auprès du public et de nos collègues clavecinistes. Et finalement, Pierre Verany nous proposa de faire un disque entièrement consacré à Piazzolla. Le premier obstacle auquel nous étions confrontés était le choix des œuvres susceptibles d’être transcrites pour clavecin et la manière de traiter la pâte sonore pour un instrument si éloigné du bandonéon. Plusieurs allers-retours à Buenos Aires furent nécessaires pour choisir les partitions car l’œuvre de Piazzolla est riche et variée ; il fallut également de nombreuses répétitions qui servirent à démolir ce que nous avions eu tant de mal à construire la veille ! et des mois de réflexion pour parvenir à traiter d’une manière satisfaisante les registres du clavecin, non plus en fonction de l’acoustique d’une salle mais des besoins d’un studio d’enregistrement. Et – le plus important sans doute – le mûrissement du texte musical, avec le souci primordial de ne pas trahir, malgré notre éloignement évident de la sonorité du bandonéon, le style d’interprétation de Piazzolla, à la fois libre et rigoureux, avec cette ornementation si personnelle.

Presque deux années s’écoulèrent entre la naissance du projet et la réalisation de ce disque…

 

…Until the day when we found ourselves forced to accept that this music of our city of Buenos Aires was a reality so present (and pressing) that it finally made us submit. More than fifteen years ago in Buenos Aires, at a competition for harpsichord interpretation, Oscar and I had each of us to perform a work by an Argentinian composer. Given the restricted choice offered by the Argentinian harpsichord repertoire, I decided to write my own work, two pieces inspired by Bartok and Stravinsky. As for Oscar, he proposed transcribing a tango by the greatest living master of the genre Astor Piazzolla, originally written for his own instrument, the bandonion. I remember being struck by this decision, but I did not then imagine the extent to which his idea was to penetrate my subconscious and to develop there throughout the years following this initial incident. Shortly afterwards, I left Argentina for France, at the same time as Oscar arrived in Germany. Wherever concerts led me in Europe and North-America, I was subjected to the same pressure by my entourage. At the end of each concert, devoted to the works of the German, French, Italian or Spanish masters, my friends would call for a tango, appealing to my Argentinian origins. I therefore yielded to their request and, half irritated, half amused, returned to the harpsichord in order to grant their wishes. This was how I imperceptibly worked out a repertoire of classical Argentinian tangos. It was over a drink that, much later, Oscar admitted to me that he too had been haunted by the same spectre and that he, like me, had been unable to avoid the tangos requested by friends after concerts. It was thus almost inevitable that a mutual friend, a harpsichord-maker, should one evening in September 1986 suggest that we include some of Piazzolla’s tangos in our forthcoming concert programmes. That night, I did not sleep a wink. Then, everything happened very fast. The Latin-American Institute in Paris obtained a grant from the Ministry of Culture for the purpose of organising a concert of works by Bach, Couperin… and Piazzolla. On the morning of the concert, France Musique relayed the recording of one of our rehearsals. Neither Oscar nor I were in any doubt as to the effect the broadcast was to have on both the public and our harpsichordist colleagues. In the end it was Pierre Verany who proposed devoting an entire disc to Piazzolla’s music. The first problem we faced was that of selecting the works suitable for harpsichord transcription, and the way we should treat the musical material in terms of an instrument so far removed from the sound of the bandonion? Several trips to and from Buenos Aires were needed in order to choose the scores from amongst Piazzolla’s rich and varied output, followed by numerous rehearsals (during which we were more than once to demolish what we had taken so much trouble to construct the day before) and by months of reflection in order to arrive at a satisfactory way of using the registers of the harpsichord – not only in terms of the acoustic of a concert hall but of the requirements of a recording studio. And, most importantly, the preparation of the musical text, with the fundamental concern to remain faithful to Piazzolla’s interpretative spirit, both free and rhythmically precise, with a characteristic ornamentation. And this despite our inevitable remoteness from the sound of the bandonion.

In all, almost two years were to pass between the birth of the project and the completion of this disc…

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