Le Pendjab est une région de l’Asie méridionale divisée depuis 1947 par Ia partition meurtrière entre l’Inde et Ie Pakistan. C’est au Pakistan que se sont rassemblés les musulmans de l’Inde du Nord avec l’espoir de créer un autre pays, afin de réaliser cet « idéal » qu’avait fait naître le poète Mohammed Iqbal en 1930, lorsqu’il lança l’idée d’un « état pur » et sépare pour tous les musulmans.

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…La religion musulmane est en effet une religion de l‘état-nation, de type monothéiste, donc aux liens communautaires très forts. Le phénomène de la révélation y tient une place fondamentale car l’Islam est Ia religion du mot : celle du mot divin, transmis au prophète au cours d’expériences spirituelles d’une grande intensité. Le principe de base de la hiérarchie sainte n’apparait pas dans Ia considération de Dieu, du Prophète, d’Ali ou des Saints eux-mêmes comme des vraies personnes, mais plutôt comme Ia révélation de Ia parole du Coran, faisant ainsi exister avec ferveur les liens de connaissance et d’amour par lesquels sont attaches le Créateur et sa créature. Cependant, au cœur de cette vitalité spirituelle méticuleusement hiérarchisée, Ia coutume soufie de participation communautaire et du partage d’une telle expérience va au-delà des différences individuelles, des frontières de langue, de classe et de foi. Cette pratique est intacte dans le samâ’, rite central du soufisme : l’expérience spirituelle individuelle se fait à travers l’écoute, véhiculant des messages multiples par la puissance de la musique. La notion d’écoute découle alors directement de celle de Ia parole révélée : Ia poésie et la musique fusionnent pour former le chant, manifestation de l’expression poétique comme connexion spirituelle (avec Dieu, le prophète, et les Saints) ou support à l’amour mystique (ishq), aux états extatiques (rindàna), à la séparation (firàq), ou encore à l’union (wisàl). Cette expression de Ia spiritualité dans la musique, propre à tout le subcontinent indien, se retrouve plus ou moins exprimée dans différents chants et danses du Pendjab pakistanais. Et de la même façon, Ia délimitation entre chants profanes et chants sacrés reste tenue. Que l’auditeur se plonge dans le ravissement intellectuel en écoutant un ghazal (poème d’amour), ou qu’il se laisse entrainer par le rythme d’une banghra (danse traditionnelle célébrant les moissons) et d’une dhamal (célébration d’un sanctuaire) ; qu’il partage l’hymne frénétique d’un qawwali (chant de louanges au Prophète de l’Islam et à ses saints), entende le raga d’un Maitre de musique classique ou encore assiste à Ia cérémonie du Zikr (communion extatique des fidèles avec Dieu dans l’enceinte d’un sanctuaire), tout ne semble finalement que prétexte à la rencontre et à l’union mystique avec l’Eternel. La fierté d’être pakistanais, c’est d’être loyal en silence ou de crier ses passions. Mais on ne lit plus le coran, lorsqu’arrive l’heure des émissions de variétés indiennes dont les actrices infidèles font danser les yeux des femmes et frémir les moustaches des hommes. A tous les niveaux de Ia société, l’existence d’une identité commune profonde dépend du type d’interprétation de l’Islam

The Punjab is a region of the north-west Indian subcontinent. On the partition of India and Pakistan (1947), the Punjab was divided on a religious basis.The Muslims from northern India gathered in Pakistan in the hope of creating another country, in order to realize the « ideaI » put fonlvard by the poet Mohammed Iqbal in 1930, when he formulated the idea of a separate and « pure State » for all Muslims. Indeed, the Muslim religion is a religion of the State-nation, of the monotheist type, thence with very strong communityties. The phenomenon of the revelation is fundamental, for Islam is the religion of the word: of the divine word, which was transmitted to the prophet during a series of very intense spiritual experiences. The basic principle of the holy hierarchy does not appear in the consideration of God, the Prophet, Ali and the Saints themselves as real persons, but rather as the revelation of the word of the Koran, thus making the bonds of knowledge and love by which the Creator and his creature, Man, are bound together, fervently exist.

However, at the heart of this meticulously hierarchized spiritual vitality, the Sufi custom of community participation and sharing of such an experience goes beyond individual differences, and the boundaries of language, class and faith.This practice is intact in the sama’, the rite that is central to Sufism: the individual spiritual experience is attained through listening, conveying numerous messages through the power of music. The notion of listening thus follows on directly from that of the revealed word: poetry and music combine to form singing, the manifestation of poetic expression as a spiritual link (with God, the Prophet and the Saints) or as a medium for mystical love (ishq), states of ecstasy (rindàna), separation (Hràq), or else union (wisàl). This expression of spirituality in music, which is characteristic of the whole of the Indian subcontinent, is more or less expressed in various songs and dances of the Punjab province of Pakistan. And likewise, the boundary between secular songs and sacred songs is tenuous. Whether the listener goes into intellectual raptures listening to a ghzal (love poem), or lets himself be carried along by the rhythm of a banghra (traditional dance celebrating the harvest) and a dhamal (celebration of a sanctuary); whether he shares in the frenetic hymn of a qawwali (song in praise of the Prophet of Islam and its Saints), listens tothe raga of a classical musician or attends the Zikr ceremony (ecstatic communion of the faithful with God within the precincts of a sanctuary), ultimately everything seems to be just a pretext for meeting and mystical union, with the Eternal. The pride of being Pakistani means being loyal in silence or shouting out one’s passions. But the Koran is set aside when the time comes for Indian variety programmes, in which unfaithful actresses make women’s eyes dance and men’s moustaches quiver. At all levels of society, the existence of a profound common identity depends on the type of interpretation of Islam and on what may be called secular or sacred. Patrice Galmard, translation Mary Pardoe

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